La détresse silencieuse: agir maintenant pour la santé mentale des jeunes du Québec

Lettre ouverte publiée dans Le Devoir et le Journal de Montréal

La santé mentale des jeunes est à un point critique et il est temps d’agir.

Les récentes statistiques provenant de la 7e édition de l’étude sur les zilléniaux de Léger révèlent une réalité troublante : près de la moitié des membres des générations Y et Z (48 %) déclarent avoir déjà vécu un épisode dépressif, une hausse inquiétante de 10 points par rapport à 2020. Derrière ces statistiques se cachent des drames humains : l’échec à un examen, l’abolition d’un poste, la mort d’un proche.

Le portrait de l’anxiété est tout aussi alarmant, près des trois quarts des jeunes (75 %) ayant vécu un épisode anxieux, contre 45 % il y a seulement quatre ans. Les mesures de confinement ont eu un impact majeur sur leur santé mentale à une période cruciale de socialisation, ce qui fait craindre un fossé générationnel.

Cette détérioration rapide de la santé mentale des jeunes a des conséquences profondes, non seulement sur le bien-être individuel, mais aussi sur la société québécoise dans son ensemble. La situation est particulièrement alarmante au sein des communautés des Premières Nations : les jeunes sont six fois plus susceptibles de mourir par suicide. Les coûts liés à la santé et la détresse qui en découlent représentent non seulement un défi économique, mais surtout un enjeu humain.

Le coût de l’inaction

Au Québec, l’inaction en matière de santé mentale a un coût exorbitant estimé à 18 milliards de dollars par an, selon une recherche actuarielle produite par Force Jeunesse. Cette somme considère non seulement les soins médicaux directs, mais aussi les pertes de productivité, l’absentéisme et les allocations de soutien. Derrière ces chiffres se cachent des vies interrompues, des projets abandonnés et un potentiel humain gaspillé. Malheureusement, l’accès aux soins psychologiques reste insuffisant. Les délais d’attente pour voir un professionnel sont souvent trop longs, en particulier en région, et les coûts restent prohibitifs pour une large part de la population.

Pourtant, nous savons que des solutions existent. Selon l’INESSS, chaque dollar investi dans les soins de psychothérapie en fait économiser deux, non seulement en réduisant les coûts liés aux soins de santé, mais aussi en prévenant les complications à long terme.

Une approche proactive pour un avenir en santé

C’est dans ce contexte que Force Jeunesse, en collaboration avec d’autres organisations jeunesse, lance un appel à l’action en cette Journée mondiale de la santé mentale. Le Québec est fier de son système de soins de santé universel. Pourtant, un volet essentiel de ce projet de société est négligé : la santé psychologique. Il est temps de compléter cette couverture en intégrant pleinement les soins en santé mentale dans le régime public d’assurance maladie. Cela passe notamment par un accès universel et gratuit à des consultations en psychothérapie, un service souvent inaccessible pour les personnes aux revenus modestes.

Comme on l’entend souvent dans le monde politique, les jeunes générations sont l’avenir de notre société. Il est temps pour le gouvernement de passer de la parole aux actes en leur offrant les ressources nécessaires pour surmonter les défis qu’elles rencontrent.

Investir dans la santé mentale aujourd’hui, c’est investir dans la résilience, la créativité et la prospérité future du Québec. Ce n’est ni un luxe ni une dépense superflue : c’est une priorité sociale et économique. Il est temps que la santé mentale soit traitée avec la même importance que la santé physique, car investir dans la santé mentale, c’est investir dans l’avenir du Québec.

* Ont cosigné cette lettre :

  • Marie-Krystine Longpré, directrice générale de la Jeune Chambre de commerce de Montréal ; 

  • Antoine Dervieux, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec ; 

  • Laurent Levesque, président-directeur général de l’UTILE ; 

  • Étienne Paré, président de l’Union étudiante du Québec ; 

  • Méganne Joyal, secrétaire générale de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal ; 

  • Mylène de Repentigny-Corbeil, directrice générale des 3 sex ; 

  • Geneviève Morand, directrice générale par intérim de Citoyenneté Jeunesse ; 

  • Alexandrine Beauvais-Lamoureux, présidente et cofondatrice de Scène & Sauve ; 

  • Émile Simard, président du Comité national des jeunes du Parti québécois ; 

  • Daphnée Sauvageau, présidente de la Confédération des associations d’étudiants et d’étudiantes de l’Université Laval ; 

  • Marie-Philippe Ménard, co-porte-parole du Réseau jeunesse des Premières Nations Québec-Labrador ; 

  • David Beauvais, président de la Fédération de la relève agricole du Québec ; 

  • Nicolas Bourgois, directeur du Collectif autonome des CJE du Québec ; 

  • Me Pier-Luc Laroche, président du Jeune Barreau de Québec ; 

  • Koralie Yergeau, porte-parole de l’Association étudiante en sciences infirmières du Québec ; 

  • Me Frédérique Earls-Bélanger, présidente de l’Association des jeunes barreaux de région ; 

  • Lylou Sehil, présidente de l’Aile jeunesse du Chantier de l’économie sociale ; 

  • Xavier Lefebvre, président de la Confédération pour le rayonnement étudiant en ingénierie au Québec ; 

  • Delphine Lalande-Levac, responsable des communications et mobilisation du Mouvement Jeunes et santé mentale ; 

  • Vincent Leclair, secrétaire général et responsable du dossier jeunes au Conseil régional de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec – Montréal métropolitain ; 

  • Christian-Alex Deschênes, président de la Commission jeunesse du Parti libéral du Québec ; 

  • Me Marie Flambard, présidente de l’Association du Jeune Barreau de Montréal.

Précédent
Précédent

Valorisation des services publics, habitation, vivre-ensemble : La jeunesse québécoise réunie pour faire valoir ses préoccupations

Suivant
Suivant

Nomination du conseil d’administration 2024-2025 de Force Jeunesse : Fred-William Mireault succède à Lauriane Déry à la présidence